L'adoption du projet de loi 96 du Québec soulève de nombreuses questions concernant l'étiquetage des produits - Une délégation de l'Union européenne rencontrera un représentant du Québec pour obtenir des éclaircissements.

Date de publication : 7-Septembre-2022

Suite à la mise à jour de notre bulletin d'information du début de l'été, l'adoption du projet de loi 96 du Québec - Loi sur le français, langue officielle et commune du Québec - a suscité une foule de questions quant à son applicabilité aux étiquettes des produits de consommation et à la manière dont elle sera mise en œuvre, y compris dans le temps. Une préoccupation particulière est le temps nécessaire pour effectuer et faire enregistrer auprès du gouvernement fédéral tout changement de marque qui pourrait s'avérer nécessaire.

En raison de cette inquiétude, le consultant de CA - Philippe Gervais du cabinet Navigator à Montréal - a organisé une réunion avec des représentants du gouvernement du Québec pour la fin du mois afin d'obtenir des éclaircissements. Nous avons également été invités à fournir des informations sur le processus, les délais et les questions connexes telles que la "vente directe", étant donné que les fonctionnaires qui rédigeront les règlements ont peu d'expérience dans la mise en œuvre de changements d'étiquettes pour les produits de consommation finis.

CA fera un rapport à nos membres après cette réunion et organisera un webinaire sur la conformité une fois que suffisamment de détails seront connus.

Pour rappel, le projet de loi, qui modifie la Charte de la langue française à plusieurs égards, a été adopté en troisième lecture par l'Assemblée nationale du Québec et a reçu la sanction royale le 1er juin. Les modifications qui intéressent particulièrement les membres de l'AC, et qui concernent l'emballage et l'étiquetage des produits, entreront en vigueur trois ans après la date de sanction de la loi, soit le 1er juin 2022. Les titulaires de marques bénéficient donc d'un délai de grâce de trois ans pour se mettre en conformité avec la loi. Toutefois, cela laisse peu de temps pour enregistrer de nouvelles marques ou des marques modifiées, le cas échéant.

Avant l'adoption du projet de loi 96, une marque "reconnue" dans une langue autre que le français pouvait être utilisée au Québec sur l'emballage ou l'étiquette d'un produit sans être traduite en français, à condition qu'une version française de la marque ne soit pas enregistrée. L'expression "marque reconnue" avait été interprétée comme incluant à la fois les marques enregistrées et les marques "déposées", ainsi que les marques de droit commun. Avec le projet de loi 96, la portée de cette exception est considérablement réduite comme suit :

  1. Seules les marques enregistrées entrent dans le champ d'application de l'exception. Pour qu'une marque figure sur l'emballage ou l'étiquette d'un produit sans être accompagnée d'une traduction en français - tout aussi visible -, elle doit être enregistrée.
  2. La marque enregistrée en question ne doit pas avoir de version française correspondante enregistrée au Canada, sinon la version française doit également apparaître.
  3. Même si une marque dans une langue autre que le français est enregistrée, si elle est partiellement composée d'un terme générique ou descriptif, ce terme doit néanmoins figurer en français sur l'emballage ou l'étiquette du produit.

En ce qui concerne le point 3, selon les lois canadiennes (fédérales) sur l'emballage, le nom commun ou générique ou la fonction d'un produit doit apparaître sur l'emballage ou l'étiquette du produit dans les deux langues officielles, c'est-à-dire en anglais et en français, indépendamment de toute marque commerciale qui pourrait également apparaître sur l'emballage ou l'étiquette. Le respect de cette exigence légale fédérale peut ne pas être suffisant si le terme générique ou descriptif inclus dans la marque est, par exemple, une qualité ou une caractéristique du produit au lieu du nom générique ou de la fonction du produit. À titre d'exemple, prenons la marque fictive de lotion hydratante "SoftSkin" :

Avant la loi 96 :
SoftSkin TM
HydraFix avec vanille TM
Lotion Hydratante / Moisturizing Lotion

Avec la facture 96:
SoftSkin TM
HydraFix with vanilla TM avec vanille
Lotion Hydratante / Moisturizing Lotion

Il reste à voir comment l'OQLF appliquera ces modifications dans la pratique, d'autant plus que les concepts de "descriptif" et de "générique" aux fins des marques relèvent de la compétence fédérale en vertu de la loi fédérale sur les marques de commerce. On ne sait pas non plus si la modification de la Charte exigera une proéminence visuelle égale ou supérieure à la façon dont le terme générique ou descriptif non français est représenté dans la marque.

Les membres de l'AC sont encouragés à faire l'inventaire de l'emballage et de l'étiquetage de leurs produits afin de s'assurer qu'ils sont conformes à la fois au régime québécois modifié et aux exigences fédérales existantes en matière d'étiquetage. Les membres sont également encouragés à agir rapidement pour déposer toute demande de marque, car apparemment les délais à l'Office de la propriété intellectuelle du Canada sont tels que les demandes de marque peuvent prendre jusqu'à trois ans ou plus pour mûrir jusqu'à l'enregistrement.