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FICHE D'INFORMATION SUR L'ALUMINIUM ET LA QUESTION DES DROITS DE DOUANE
Le métal
Dans la nature, l'aluminium n'existe pas à l'état pur. La production d'aluminium primaire à partir de minerai de bauxite, composé d'oxyde d'aluminium hydraté (40 % à 60 %) mélangé à de la silice et à de l'oxyde de fer, commence par ce minerai.
Il faut environ 4 à 5 tonnes de minerai de bauxite pour produire 2 tonnes d'alumine. À son tour, il faut environ 2 tonnes d'alumine pour produire 1 tonne d'aluminium.
On n'exploite pas de bauxite au Canada. Les États-Unis possèdent de petits gisements de bauxite situés en Arkansas, en Alabama et en Géorgie. Cependant, l'exploitation de la bauxite y est aujourd'hui très limitée. La quasi-totalité de la bauxite utilisée au Canada et aux États-Unis est importée.
Les trois plus grands producteurs mondiaux de bauxite sont l'Australie (25,45 %), la Chine (24 %) et le Brésil (9,1 %).
Pourquoi le Canada est-il un grand producteur d'aluminium ? – L'électricité d'origine hydroélectrique
Outre le minerai, l'électricité est le principal intrant dans la fabrication de l'aluminium. Elle peut représenter environ 20 % du coût de production. Les vastes réserves d'électricité d'origine hydroélectrique, relativement moins chère, disponibles au Québec (et en Colombie-Britannique) – ainsi que les ports en eau profonde permettant de réceptionner le minerai importé – ont fait du Canada un producteur d'aluminium de premier plan et compétitif en termes de coûts.
Bien que cette industrie ait vu le jour au Canada au début duXXe siècle, la demande en aluminium pendant la Seconde Guerre mondiale (notamment pour la construction aéronautique), conjuguée à la capacité de produire de l'électricité hydroélectrique à bas coût, a entraîné une expansion considérable de la production, principalement au Québec. Au plus fort de la guerre, le Canada produisait environ 40 % de l'aluminium utilisé par les Alliés, dont une part importante était destinée à soutenir l'industrie de guerre américaine.
L'industrie canadienne de l'aluminium aujourd'hui
Aujourd’hui, le Canada compte 10 fonderies d’aluminium primaire : neuf au Québec et une à Kitimat, en Colombie-Britannique. En recourant principalement à l’hydroélectricité et aux technologies de dernière génération, les producteurs d’aluminium canadiens affichent l’empreinte carbone la plus faible par rapport aux autres grands producteurs mondiaux.
Cependant, ce secteur est en recul depuis deux décennies. En 2018, l'industrie canadienne de l'aluminium employait plus de 8 700 personnes, contre plus de 14 000 en 2003. La concurrence de la Chine, de l'Inde et du Moyen-Orient est l'une des causes de cette tendance, tout comme l'utilisation accrue d'aluminium secondaire (recyclé).
Le Canada est désormais le quatrième producteur mondial d’aluminium. À elle seule, la Chine produit plus de la moitié de l’aluminium mondial (55 %), suivie par la Russie (6,2 %), l’Inde (6,1 %) puis le Canada (4,9 %). Les États-Unis occupent la neuvième place (1,5 %), suivis de l’Islande (1,4 %) et du Brésil (1,1 %). Grâce à ses importantes réserves de bauxite et à sa production d’électricité, la Chine est bien placée pour dominer la production mondiale d’aluminium.
Le Canada et les États-Unis partageant un marché fortement intégré, avec des échanges commerciaux combinés d’aluminium s’élevant à plus de 14 milliards de dollars par an, environ 76 % de la production canadienne d’aluminium primaire est exportée vers les États-Unis, où elle est utilisée dans la fabrication de produits destinés tant au marché intérieur qu’aux marchés d’exportation (y compris les produits finis exportés vers le Canada).
Instauration de droits de douane par l'administration Trump
Le31 mai 2018, dans le cadre des négociations de l'ALENA, l'administration Trump a annoncé l'imposition de droits de douane de 25 % sur l'acier et de 10 % sur l'aluminium importés du Canada, qui sont entrés en vigueur le1er juin 2018. L'administration américaine a fait valoir qu'elle était habilitée à agir ainsi en vertu de l'article 232 de la loi de 1964 sur l'ajustement commercial (Trade Adjustment Act), qui lui permettait d'imposer des droits de douane lorsqu'elle estimait que la situation constituait une « menace pour la sécurité nationale », sans l'accord du Congrès ni l'examen de la Commission américaine du commerce international. Le gouvernement canadien a contesté l’hypothèse selon laquelle les importations canadiennes d’acier et d’aluminium constituaient un risque pour la « sécurité nationale » des États-Unis, en invoquant l’amitié de longue date entre nos deux pays et la forte intégration de nos économies.
Finalement, après la conclusion du nouvel ALENA, un accord a été conclu pour supprimer les droits de douane au printemps 2019, et le Canada a accepté de se soumettre à certaines restrictions concernant ses exportations d'acier et d'aluminium vers les États-Unis à l'avenir.
Au début de l’année 2020, alors que la pandémie de COVID-19 se propageait et entraînait d’importantes perturbations économiques, notamment la fermeture d’usines visant à endiguer la propagation du virus, plusieurs producteurs d’aluminium américains ont réclamé le renouvellement des droits de douane sur l’aluminium canadien. D’autres producteurs d’aluminium, les industries utilisatrices d’aluminium et la Chambre de commerce des États-Unis se sont opposés à cette mesure. L'industrie américaine des boissons, par exemple, aurait versé quelque 582 millions de dollars de droits de douane en 2018.
L'Association canadienne de l'aluminium (ACA) a indiqué que les expéditions de lingots d'aluminium avaient augmenté alors que la demande de pièces en aluminium diminuait en raison de la fermeture des usines liée à la pandémie. Toutefois, un rééquilibrage s'est désormais opéré avec la réouverture de ces usines, et les exportations de lingots ont chuté de 16 % en juin et de 40 % en juillet. L'AAC estime que les États-Unis ne peuvent couvrir qu'environ un sixième de leur consommation, et que les droits de douane sur les importations canadiennes pourraient rendre les importations en provenance de Chine et de Russie plus attractives.
Le gouvernement canadien a annoncé la mise en place de mesures de rétorsion à l'encontre des importations américaines d'aluminium. La liste précise de ces importations fait actuellement l'objet d'une consultation qui s'est achevée le6 septembre.
On ne s'attend pas à ce que ce différend commercial soit résolu avant les élections américainesdu 3 novembre.
Préoccupations concernant notre secteur
Le secteur des cosmétiques et des produits d'hygiène personnelle est une industrie fortement intégrée en Amérique du Nord. Les différends commerciaux susceptibles d'affecter les chaînes d'approvisionnement ou d'exposer nos produits à des droits de douane et/ou à des contre-mesures sont perturbateurs et coûteux. Dans le cas du Canada et des États-Unis, ils contribuent également à saper l'efficacité de nos économies fortement intégrées, qui ont depuis longtemps rendu l'Amérique du Nord plus forte et plus compétitive sur la scène mondiale.
Dans le cas de l'aluminium, l'abondance d'électricité hydroélectrique à bas prix au Canada a offert aux fabricants américains un avantage « local » et fiable dans la production d'aluminium, tandis que le Canada a constitué un marché pour bon nombre des produits finis fabriqués à partir de cet aluminium (par exemple, les voitures, les appareils électroménagers, etc.).






